Note : J’ai tâché d’expliquer en détail ma façon de penser et de créer une image.1) Ce n’est en aucun cas un modèle mais plutôt un exemple de manière de faire. Une sorte de récapitulatif de tout ce que j’ai pu apprendre jusqu’à maintenant. Il va de soi que comme je n’ai pas fini d’évoluer, il n’est pas parfait. Il est également préférable de souligner que généralement la plupart des étapes présentées ci-dessous sont réalisées de manière quasi intuitive et spontanée et ne sont donc pas aussi fastidieuses qu’elles en ont l’air. Mais elles sont néanmoins importantes et c’est pourquoi je les ai intégrées à ce tutoriel.
On peut dessiner sur un coup de tête. Cela m’arrive parfois. Mais en général, je sélectionne une idée que j’ai eue dans la semaine et que j’ai laissée se développer doucement. Plus l’univers est développé et plus l’image sera riche et intéressante. Dites-vous bien que vous pouvez réussir techniquement parlant un dessin, mais si le sujet n’interpelle pas le « spectateur », ça ne fonctionnera pas.
Pour cet exemple je suis partie d’un pendentif qu’avait une amie. Il avait la forme d’une cage à oiseaux. L’image absurde d’un cœur en prison m’est venue à l’esprit. A partir de ce détail, l'image s'est construite peu à peu dans ma tête.
Pour éviter de perdre mes idées je les griffonne et les annote rapidement sur des feuilles volantes. Cela me permet de développer un univers et une ambiance. Généralement une histoire se développe en parallèle ce qui permet de renforcer la future illustration par de nombreux détails significatifs.
Personnellement, je choisis en plus une musique particulière qui correspond à l’ambiance que je veux donner. En m’en imprégnant je ne perds pas de vue mon univers. Ici c’est le main thème des Noces Funèbres de Burton composé par Danny Elfman qui a été retenu. http://www.deezer.com/track/13766
Choix du logiciel : ChibiPaint
Attention. Les dimensions du format doivent être choisies avec soin car elles ont d’importantes répercussions sur la composition générale. Ici un format paysage 700/470
Je commence toujours par ouvrir un nouveau calque. En effet, je préfère laisser celui du fond libre (au cas où).
J’ouvre ensuite un troisième calque. Sur celui-ci, toujours au crayon mais cette fois-ci d’une couleur foncée, je dessine la composition finale. Pour cela , il est préférable de baisser l’intensité du calque précédent. Cette étape permet parfois de remarquer des incohérences dans l’anatomie ou dans la composition. Il n’est pas trop tard pour la changer. Ici par exemple, j’ai raccourci le bras et décalé le personnage sur la droite.
Maintenant j’ouvre un quatrième calque que je place entre le 3ème et le 2nd. Puis je le remplis avec une couleur sombre.
On ne voit presque plus le line. A partir de ce moment, je sélectionne l’outil brosse carrée qui se trouve dans la fenêtre « brush »
Puis je jette rapidement des couleurs avec l’outil watercolor afin de visualiser les zones d’ombres et de lumière, mais aussi les différentes taches de couleurs. Ici la composition étant essentiellement rouge, il n’y a pas de problème d’harmonie colorée majeur.
Une fois les couleurs marquées, le calque line peut être plus discret pour ne pas gêner la colo. On peut baisser son intensité jusqu’à le rendre quasi invisible. Pour ma part, j’ouvre un nouveau calque et je dessine par-dessus le line.
J’affine le fond sans pour autant le finir. C’est un point important (surtout dans une telle composition) car le fond indique la provenance de la lumière et l’ambiance générale de l’image.
Pour ce faire, je réduis l’opacité du pinceau afin d’éviter que les aplats ne soient trop forts. Et je donne de petites touches verticales et horizontales qui s’entrecroisent. En utilisant le clic droit j’obtiens l’équivalent d’une pipette ce qui me permet de rester dans les même tonalités.
Je vais donc commencer par finaliser une partie de l'image : le point d’accroche. Il s’agit du point fort de la composition. Celui sur lequel doit se poser le regard du « spectateur » en premier. C’est celui qui bénéficie des contrastes et de la lumière la plus importante. Ensuite le regard devra être dirigé vers un autre point, puis sur un autre. De sorte à ce qu’il y ait une sorte de lecture automatique de l’image. Ici je choisis le visage comme point d’accroche. Le regard devra être ensuite dirigé vers la main tendue puis revenir vers la robe. On obtient un sens de lecture très traditionnel dans la culture occidentale : le sens de lecture dit en « Z »
Donc pour ce visage que je vais travailler en premier, il est préférable d’utiliser la loupe pour l’avoir en gros plan. D’abord je dessine avec l’outil crayon (toujours en brosse carrée) pour placer des aplats de couleurs. Les ombres seront travaillées en bleu foncé et turquoise. Puis un peu de rouge et orange pour la carnation. Un peu de bleu plus clair pour la lumière. Puis avec le crayon d’épaisseur 1 pixel, je travaille les détails les plus importants (yeux, bouche, nez). En partant d’une base foncée, je monte peu à peu la couleur. Pour finir je rajoute un peu de blanc pour la lumière et le « reflet de vie » des yeux. Parfois un peu de noir pour les points les plus sombres et les plus marqués : pupilles et narines. Le blanc et le noir doivent être utilisés avec parcimonie. Uniquement à la fin et pour des détails vraiment importants.
Puis je prends l’outil watercolor (brosse carrée) et règle la pression pour qu’elle ne soit pas très forte. J’applique doucement la couleur « dans le sens des formes » et toujours du plus foncé au plus clair. L’idée est surtout « d’étaler » les aplats déjà déposés au crayon. J’appellerais cette étape le « lissage »
Puis avec le crayon et parfois avec l’outil watercolor à l’opacité très augmentée je reviens pour leur donner plus de détails et de texture.
Pour l’instant je laisse le visage comme cela. J’y reviendrais au fur et à mesure afin qu’il s’harmonise davantage avec les éléments que je rajouterais.
Sur le même principe de coloration je vais faire les autres éléments de l’illustration.
Il s’agit maintenant en partant du visage de faire au fur et à mesure les autres éléments. Pour ma part je réalise toute la colo sur un seul calque. Ça m’évite de me prendre la tête. Mais si vous ne vous sentez pas sûr de vous, vous pouvez utiliser un calque différent pour chaque élément, non sans oublier d’activer le fameux « sample all layers » qui vous évitera les traînées blanches avec l’aquarelle (merci moutoin)
Pour les cheveux roux je commence sur une base bleu turquoise foncé. Je passe du rouge foncé au watercolor. Puis du rouge et pour finir, du orange. Un peu de jaune et de bleu clair seront rajoutés au crayon pour donner la lumière. Avec la pipette (clic droit) je sélectionne la couleur du fond et par petites touches je m’arrange pour fondre la chevelure avec le décors de sorte à ce que la séparation soit moins forte. Mais si certaines zones sont « fusionnées » , il faut en conserver d’autres plus nettes afin que le personnage se détache tout de même un minimum du fond. Ces zones sont celles qui se découpent grâce à la lumière. Il faut se souvenir que c’est la lumière qui a la propriété de découper les formes.
Là encore je laisse l’élément chevelure ainsi, sachant très bien que je risque d’y revenir plus tard toujours dans le même soucis d’harmonisation de l’ensemble.
Le col étant blanc, là encore je pars d’un fond bleu. Puis je remonte la couleur cette fois-ci avec des gris (bleu, rouge, jaune et vert). Les plis sont préalablement dessinés avec le crayon puis dégrossis avec le watercolor. Pour le médaillon je zoome et travaille au crayon à faible épaisseur.
Travail du médaillon au crayon 1 pixel
D’abords des aplats au crayon afin de visualiser les volumes : bleu marine et rouge foncé, puis trois autres rouges de plus en plus clairs et un peu de bleu pour la lumière. Grâce la pipette, je reste dans les même tonalités. Avec le crayon je dessine les plis de façon très marquée. Puis avec l’outil watercolor (mais cette fois avec une forte opacité) je passe au lissage. Pour donner plus de force à la matière, je marque davantage certains détails au crayon. Pour finir, je rétablis rapidement l’équilibre lumineux de l’ensemble en passant l’outil watercolor (en turquoise foncé) sur les zones plus à l’ombre. Cela me permet entre autre d’atténuer certains détails qui sont de trop.
D’abords un aplat bleu foncé. Puis un passage au watercolor marron. C’est à cette étape que s’effectue le travail de la lumière. Ensuite, j’utilise l’outil crayon pour dessiner les motifs. Sauf que cette fois, ceux-ci sont dessinés en clair. Je les retravaille avec des couleurs plus foncées après afin de leur donner plus de volume et surtout faire disparaître dans l’ombre les motifs qui doivent y être.
Étant donné que je suis nulle en mains, je n’hésite parfois pas à prendre les miennes en photos afin de m’assurer de la position (ça c'est une astuce de feignasse) Les bras seront travaillé de la même manière que le visage : aplats, affinement, lissages, peaufinage des détails et de la lumière…
La deuxième main sera travaillée de la même façon.
Le sac sera réalisé de la même façon que la bandoulière. De même que le bas de la robe sera dessiné comme le haut. Donc pour le moment nous avons ceci :
Comme vous pouvez le voir ci-dessus, j’ai dessiné la robe sans prendre en compte les éléments qui doivent normalement apparaître dessus. Comme cela je suis sûre de n’avoir aucun raccord à rajouter. Dessiner la robe d’une seule traite est beaucoup plus simple que d’en faire une partie puis d’en rajouter d’autres morceaux par-ci par-là pour combler les interstices. Néanmoins, afin d’éviter d’abîmer tout ce travail, il est maintenant préférable (si ça n’a pas déjà été fait) d’ouvrir un nouveau calque (sans oublier d’activer le « sample all layer »). Après la méthode de colo est quasiment la même que pour le reste.
Les chaînes ne sont qu’esquissées avec le crayon de couleur claire. Ce n’est pas la peine de bien dessiner tous les maillons. Le simple fait de les suggérer suffira.
Les autres cages sont traitées de la même façon. Ce qui nous donne donc ceci :
Et c’est ici que ça se corse puisque je me rends compte que mon décor mériterait d’être autre chose qu’un vague fond nuageux. J’ouvre donc un nouveau calque sur le dessus de la pile. Celui-là sera pour le décors. Puis j’ouvre de nouveau un autre calque sur le dessus. Sur celui-là je repasse la silhouette des corbeaux afin de ne pas les perdre de vue. Ainsi, je peux travailler sur le décor sans repasser l’emplacement réservé aux oiseaux.
Doucement, avec l’outil watercolor d’opacité plus ou moins forte je vais dessiner les détails du décors.
Mais avant d’aller plus loin, je préfère travailler les oiseaux. Comme cela, je pourrais mieux les intégrer dans le décor.
Bon maintenant je peux rajouter des détails dans le décor. Mais il ne faut qu’ils soient trop forts sinon ils vont entrer en concurrence avec le premier plan et cela va écraser l’image. Ce ne doit être que des suggestions de matières grâce à un jeu d’ombres portées.
Une étape très importante car c’est également la dernière. Puisque tous les éléments ont été réalisés chacun de leur côté, il faut maintenant s’assurer qu’ils s’harmonisent bien tous correctement ensemble. Renforcer certaines ombres ou lumières, affiner certains détails ou encore en effacer d’autres qui surchargent trop l’ensemble. Ici ce n’est pas le soucis du détail qui prime mais la cohérence de l’ensemble.
Il ne reste plus qu’à faire une sauvegarde, puis à envoyer. N’oubliez de donner un titre ainsi qu'un commentaire. Cela montrera que vous vous êtes investi dans votre travail et cela l’enrichira davantage.
Note : Il faudrait pour compléter ce tutoriel en lire d’autres concernant la couleur ou encore la perspective atmosphérique. Cela permettrait de mieux comprendre plusieurs des choix de couleurs et de composition de ce kaki.